20 juin 1853

« 20 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 155-156], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e1255, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour. Vous qui l’avez aimé, embrassez-le pour moi. Je vous le permets et même je vous l’ordonne. Comment as-tu passé la nuit, mon pauvre adoré ? Est-ce que la grêle de ce matin ne t’a pas réveillé ? Quant à moi qui ne dorsa jamais que d’un œil et de la moitié d’une oreille, j’ai tout entendu et même je me suis levée pour mieux me rendre compte de la bacchanaleb qui se faisait sur mes carreaux. Cela m’a permis de constater qu’il y avait un pouce d’épaisseur de grêle à l’état de glaçons sur mon petit balcon. Pour peu que ce temps d’ours blanc continue, je vais rouvrir ma cheminée et refaire une provision de charbon. Tout cela n’est pas gai et encore moins réchauffant. Encore si je pouvais assister à l’immer…sion de Boustrapa, cela me réjouirait la vue et le cœur. Mais toujours de la pluie, c’est le comble de l’embêtement dans une île. Et dire que je ne m’apercevrais pas de ce charivari barométrique si je t’avais là toujours auprès de moi, À MOI TOUTE SEULE. HORREUR, DAMNATION, MALÉDICTION, STUPÉFACTION ET MYSTIFICATION.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « dort ».

b « du bachanal ».


« 20 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 157-158], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e1255, page consultée le 04 mai 2026.

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Que tu es bon, mon Victor, de m’avoir donné ce charmant petit chef-d’œuvre de ton beau Charlot1. Que je suis heureuse et que je t’en remercie, au risque de mettre la charrue devant les bœufs de ma phrase. Mais pour mettre le comble à mon bonheur, il faut venir travailler auprès de moi. Sans cette condition SINE QUA NON, le plus radieux de ma joie est obscurci par ton absence. Mais j’y pense, mon pauvre adoré, tu as dû être mouillé jusqu’aux os en sortant de chez moi. Je ne m’étais pas aperçue qu’il pleuvait avant ton départ et je le regrette car je crains que tu n’aies été transpercé par cette pluie froide et drue. Mon Dieu, quel hideux été, et quel gredin que ce saint Médard-là. Et dire que nous en avons encore pour plus d’un grand mois, cela vous donne la chair de poisson d’y penser. Et nos LUNCHEONS ? et nos TRIPSa2 ? et le RESTE…. ? Hélas ! Hélas ! Hélas !

Juliette


Notes

1 Il s’agit d’un daguerréotype, portrait de Victor Hugo. Un atelier de photographie est aménagé au rez-de-chaussée de Marine Terrace, dans la grande pièce sombre donnant sur la serre, dès le premier hiver passé par le clan Hugo à Jersey. L’idée de départ est d’illustrer Napoléon le Petit et les ouvrages à venir par des portraits de Victor Hugo. Dans son Journal, Adèle Hugo, la fille du poète, mentionne à la date des 22 et 23 novembre 1852 : « Nous faisons du daguerréotype. On fait le daguerréotype de mon père pour Les Contemplations et aussi pour les Vengeresses : la première est calme et lève les yeux au ciel, la seconde est furieuse », Sheila Gaudon, Correspondance entre Victor Hugo et Pierre-Jules Hetzel, tome I (1852-1853), Paris, Klincksieck, 1979, p. 238, note 5 / « La famille possédait toute une galerie de portraits dans la salle à manger de Marine Terrace et en exécutait pour ses proches sans oublier Juliette Drouet qui accueillait chaque nouvelle image de son bien-aimé avec une ferveur toute religieuse », Françoise Heilbrun et Danielle Molinari (dir.), En collaboration avec le soleil, Victor Hugo, photographies de l’exil, Paris, Musée d’Orsay, Maison de Victor Hugo, 1998, p. 44.

2 Excursions.

Notes manuscriptologiques

a « trippes »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.